Plusieurs candidats ou leurs alliés à l’élection présidentielle annoncent vouloir changer la Constitution.Depuis celle de 1791 la France en est à sa seizième. C’est une sorte de pathologie nationale. Il y a des pays à plus de stabilité constitutionnelle. Mais le rapporteur de cette première Constitution, le député et avocat breton, Isaac Le Chapelier, ouvrait son rapport par cette phrase : » Le premier principe est que la Nation a le droit de revoir et de perfectionner la Constitution » (1). Plus tard corrigé par Georges Mandel, Ministre et collaborateur de Georges Clémenceau : » Si on veut changer la Constitution, c’est uniquement parce que les hommes au pouvoir se sont montrés inférieurs à la tache »(2). Ainsi la Constitution américaine a été adoptée le 17 septembre 1787 et modifiée seulement 27 fois en deux siècles et demi. Au Royaume-Uni il n’y a même pas de Constitution. La règle repose sur des lois historiques comme la Grande Charte de 1215 sur les libertés individuelles, la Charte des Droits de 1689 qui affirme la suprématie du Parlement sur le monarque, les Lois du Parlement de 1911 et 1949 qui limitent le pouvoir des Lords au profit de la Chambre des Communes.

   La France a ses règles pour en changer. Elles sont consignées dans l’article 89 de la Constitution. Un projet de révision doit être voté par l’Assemblée Nationale et le Sénat dans les mêmes termes par une majorité de suffrages exprimés. Le Président peut décider de soumettre ce texte au peuple par référendum ou le faire adopter par l’ensemble des parlementaires réunis en Congrès à Versailles par une majorité de trois cinquièmes.des suffrages exprimés.Deux candidats annoncent ne pas vouloir respecter cette règle.Marine Le Pen compte s’en affranchir en allant directement au référendum. C’est un coup d’Etat juridique. Jean-Luc Mélenchon annonce réunir une Assemblée constituante composée pour moitié d’élus et de tirés au sort. C’est un coup de force politique.

   Et pourtant les projets ne seraient pas mineurs. La candidate du RN veut introduire la préférence nationale donc une discrimination y compris pour tout étranger en situation régulière. Le candidat Insoumis veut l’affaiblissement du pouvoir exécutif présidentiel et ministériel pour s’en donner à cœur joie à l’Assemblée Nationale prolongeant l’actuel désordre. D’autres ont aussi leur projet dans le respect des règles. G.Attal annonce « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 ». E.Philippe veut changer la Charte de l’environnement et introduire la règle d’or budgétaire.Le non-candidat Jean-Louis Borloo, rélayé par les mouvements régionalistes, propose la révolution fédérale de la France. C’est le tournis constitutionnel..!!

   La Constitution est une règle du jeu que l’on ne change pas selon son bon plaisir. Montesquieu a prévenu dans « Les Lettres persanes » (lettre 79) ouvrage publié en 1721. Il écrit : » Il est vrai qu’il est quelquefois nécessaire de changer quelques lois ; mais le cas est rare ; il n’y faut toucher que d’un en main tremblante ». Cette phrase, au fil du temps, a été adaptée pour s’appliquer aux Constitutuions. De Gaulle, lui aussi, dans sa conférence de presse du 31 janvier 1964 a donné sa définition de cette règle : » Une Constitution, c’est un esprit, des institutions, c’est une pratique ».La première définit les principes et les valeurs, les secondes l’organisation des pouvoirs publics ».Ainsi en 1958 il est investi par la Chambre des députés le 1er juin. Le 3 la Chambre vote une loi constitutionnelle lui permettant de contourner la procédure prévue par l’article 90 de la Constitution de 1946 pour proposer une nouvelle Constitution.Le 4 le Journal Officiel publie un décret qui exclut de modifier « la tradition constitutionnelle républicaine résultant notamment du préambule de la Constitution de 1946 ( il s’agit des droits sociaux..BP ) et de la Déclaration des droits de l’homme, ni sur l’exercice des libertés publiques et syndicales…ni sur l’aménagement des garanties fondamentales accordées aux citoyens.. ».

   Quand Marine Le Pen se réfère à De Gaulle, elle ferait bien de relire ce décret et Jean-Luc de s’en inspirer. Cette formule voulue par le Général exclut toute préférence nationale ou discrimination entre personnes légalement présentes sur le territoire français.

1- Pierre Rosanvallon : « La tyrannie du présent », Seuil,2026, p.58

2- Hugo Coniez : » Georges Mandel, le premier résistant », Perrin,2026, p.186

Bernard Poignant
8 octobre 2026