Sommes-nous revenus aux années 1920 et 1930.? On le dirait par les noms des coalitions politiques empruntés à cette période. Union populaire (NUPES) pour les législatives de 2022, reprise d’une autre Union populaire formée en 1923, imposée par l’Internationale communiste à la veille des élections de 1924. Sans succès. Puis Front populaire (NFP) pour les élections de 2024 après la dissolution, reprenant cette alliance victorieuse de 1936. Désormais mort-née. Pour 2027, est évoqué un « Front anti-fasciste », formule annoncée dans l’Humanité du 11 octobre 1934 par Maurice Thorez, Secrétaire général du Parti communiste.
Aujourd’hui sommes-nous à la veille de l’installation au pouvoir de partis fascistes.? Il ne faut pas se tromper de période ni de lieu. Le fascisme est né en Italie en 1919 à l’initiative de Benito Mussolini, ancien membre du Parti socialiste italien de 1900 à 1914. Il appartenait alors à l’aile révolutionnaire de ce parti autour d’Arturo Labriola. À cette date, l’Italie est un pays récemment unifié depuis 1860, fragilisé par la guerre 14-18, insatisfait des conclusions du traité de Versailles. Le « Duce » exploite les frustrations d’un peuple encore nostalgique de l’Empire romain. D’où le nom emprunté aux « fasci », qui sont des haches, symbole du pouvoir des magistrats romains disposant du droit de punir.
Ce fascisme originel présente des caractéristiques à comparer avec notre actuel paysage politique. Il forme des ligues militarisées avec des hommes vêtus de chemises noires violents et inquiétants, les « Squadre d’azione » (escouades d’action). Il institue un culte du chef charismatique à qui tous les membres doivent obéir. Il développe des positions nationalistes au nom d’une souveraineté intrangisante. Il ne croit pas à la démocratie parlementaire jugée inefficace et stérile. Il prône un encadrement total (donc totalitaire) de la société avec un État contrôlant tout par une propagande massive et une police politique. Il présente des tendances xénophobes et racistes, pas antisémites au début. Il le deviendra par l’alliance avec Hitler à partir des premières lois anti-juives de 1938 jusqu’au « Manifeste de Vérone » de 1943 déclarant les juifs « ennemis de la patrie ». À chacun de voir si ces traits se retrouvent en France en 2026.!
D’ailleurs si des formations politiques correspondent à ce descriptif, il faut d’urgence les interdire. Dès juin 1936, Léon Blum décide de dissoudre les Croix de feu du Colonel de la Rocque, les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger, la Solidarité française du parfumeur François Coty, le Parti franciste de Marcel Bucard. Sinon l’accusation devient hypocrite et inefficace. Albert Camus a écrit : » Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ». En politique, le pire c’est le déni de réalité.
Décrire ces faits, c’est prendre le risque d’apparaître complice. Il faut donc faire appel à l’analyse d’un sage respecté, Lionel Jospin, à qui la nation vient de rendre hommage. Le 5 décembre 2007, sur France Culture dans l’émission « Répliques » il est interrogé sur son élimination du 21 avril 2002 par l’académicien À.Finkielkraut. L’homme est meurtri de ce jour funeste mais lucide. Il lui répond : » Nous n’avons jamais été face à une menace fasciste et donc tout anti-fascisme n’était que du théâtre. Nous avons été devant une menace d’extrême-droite, c’est différent ».
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