MÉLENCHON EST-IL DE GAUCHE..??
Le candidat et ses amis, constatant la stagnation de Yannick Jadot et l’effondrement d’Anne Hidalgo ainsi que la percée bien modeste de Fabien Roussel, enfourche la ficelle classique du vote utile en sa faveur. Ils utilisent un slogan simple et simpliste : si voulez la retraite à 65 ans votez Macron, si vous la voulez à 60 ans votez Mélenchon. Imparable, le souvenir de 1981 en plus. Cela permet de faire oublier bien d’autres choses de son programme. Mais la question la plus utile est la suivante avant d’entrer dans l’isoloir : Mélenchon est-il de Gauche.? Assurément il en vient, de son passé de communiste trotskiste à son siège de sénateur socialiste. D’ailleurs sa radicalité aujourd’hui était hier bien soluble dans le siège sénatorial et le maroquin ministériel puisqu’il fut ministre du Gouvernement de L.Jospin. Admettons aussi que beaucoup de ses potentiels électeurs viennent de la Gauche. Ceux-là sont sincères, attristés de constater l’état de la Gauche et orphelins d’une formation capable de la rendre victorieuse. Ils peuvent donc se raccrocher à lui, comme à une bouée de sauvetage. Mais lui-même et sa petite équipe qui l’entoure sont-ils toujours de gauche ou l’ont-ils quitté pour naviguer sous d’autres cieux.?
Commençons par un premier doute : lui-même ne parle plus de la Gauche, mais d’un peuple dont il serait le guide, peuple incompris de ses élites, ignoré de ses dirigeants, méprisé par ces technocrates embourgeoisés. Il a seulement oublié qu’il appartient à ce monde. Acceptons cette amnésie mais elle l’a amené à vouloir se substituer au Parti communiste qui a fini par le comprendre, ainsi qu’au Parti socialiste qualifié de traitre comme au bon vieux temps des années 1930. Il n’y a pas grand chose d’utile dans cette stratégie, mais nul n’échappe à sa jeunesse politique. Dans le langage du moment, on appelle cela du populisme.
Puis est arrivé 2017. Il réalise un bon score de premier tour à l’élection présidentielle, mais arrive en 4ème position. Blessé et humilié dans son amour-propre, il conteste en de brefs instants le résultat en distillant un doute sur celui-ci mais il n’insiste pas car le déroulement des élections en France est correct. Ce petit temps est un indice sur le personnage : plus tard on entendra « La République c’est moi ». Ça sent le despotisme à peine éclairé. Plus grave, Il renvoie dos à dos E.Macron et M.Le Pen et refuse de se prononcer, comme une partie de la Droite menée par L.Wauquiez. Ce jour-là il est sorti des rangs de la Gauche en commentant la même erreur stratégique que l’Extrême-Gauche pour l’élection présidentielle en Allemagne en avril 1932. Son candidat, Thalmann, a refusé de se retirer pour le second tour ( le maintien était autorisé par la Constitution de Weimar ) et donc de choisir entre le conservateur Hindenburg et le nazi Hitler. Impardonnable.!
Les situations, les personnalités, les contextes ne sont pas les mêmes mais la stratégie suit la même logique. Si le duo Macron-Le Pen se retrouvait au second tour, il a déjà annoncé le dimanche 7 mars 2021 ( cf ; le JDD et Le Monde ) qu’il ne donnerait pas de consigne de vote et refuserait de choisir entre les deux compétiteurs. Il a beau dire qu’il sait que les deux ne sont pas pareils, son silence serait donc encore plus choquant. C’est comme un appel au vote blanc ou nul mais le résultat politique est le même.
Aujourd’hui c’est son programme qu’il faut regarder de près, en commençant par la partie internationale imposée par l’actualité. Mélenchon propose de quitter l’Alliance Atlantique et d’adopter une position de non-aligné. On sent l’anti-américanisme primaire qui est, selon l’expression de JF Revel, » le socialisme des imbéciles ». Traduction du jour : la France ne devrait pas choisir entre l’Ukraine agressée et la Russie agresseur, car ce non-alignement est tout simplement la neutralité, comme la Suisse. La France ne peut pas et ne doit pas être non-alignée ou neutre dès lors qu’elle dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU avec un droit de véto sur chaque résolution. C’est fort de ce droit que J.Chirac a pu s’opposer à la deuxième guerre en Irak engagée par le fils Bush en mars 2003. La France doit-elle renoncer à cette position.? Impensable.! C’est pourtant la logique de la proposition de Mélenchon.
Il propose également de « désobéir aux traités européens », selon l’expression qui figure dans son livre-programme vendu en librairie. En 2017-2018 il était plus franc du collier. Il faut « sortir des traités européens ». Mais désobéir c’est la même chose que sortir. Le résultat serait le même car l’élève qui désobéit finit par être exclu ou par quitter de lui-même la classe.Bilan : une France seule, isolée en Europe, non-alignée dans le monde, seulement attirée par les sirènes sud-américaines, vénézuélienne ou bolivienne. Après le Brexit il faut s’attendre à un Frexit, à moins que Mélenchon baisse la garde et s’inspire du grec Tsipras. Peut-on qualifier de Gauche une telle politique.? Elle est contraire à l’intérêt national. Or toute politique qui se prétend de Gauche doit être conforme à cet intérêt. Il a rappelé cette position dans une tribune publiée le 12 mars 2019 dans plusieurs journaux européens. Son titre : « Sortez des traités stupides ». Pour la France cela porte un nom : Frexit. Aujourd’hui l’actualité sanitaire l’amène à mettre la pédale douce par opportunisme mais il ne faut pas croire à sa conversion.
Sa VIème république mérite aussi examen. Sa préparation est déjà une usine à gaz avec une Assemblée constituante en partie tirée au sort, un référendum à la clé et si le non l’emporte on recommence avec une autre Assemblée constituante.! En réalité sa VIème est une IVème qui revient, avec un Président très affaibli et un retour au parlementarisme d’impuissance. Il hésite à proposer la fin de l’élection du Président au suffrage universel, mais on sent que c’est son but réel. Ce n’est pas le moment dans le monde dangereux qui s’annonce.
Ce qui peut séduire des électeurs de Gauche, c’est une partie de son programme économique et social. Toute la nostalgie du 10 mai 1981 est présente. Il propose en effet par la loi la semaine de 32h avec maintien du salaire, la sixième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans. Il propose une série de nationalisations dont certaines sans indemnisations. Il annonce vouloir réserver les fonds publics à l’école publique, supprimant ceux qui vont aux écoles privées sous contrat d’association. On peut comprendre que ces mesures réveillent chez des électeurs de Gauche le souvenir des combats des années 1970. Certaines ont été menées à bien, d’autres abandonnées. Est-on sûr que cette reprise des propositions anciennes soit adaptée à la décennie 2020.? Dans son programme, le candidat revient souvent sur l’idée de rupture comme dans ces années 1970, rupture avec le capitalisme, le libéralisme, le productivisme.Que l’électeur exerce bien son esprit critique et historique sur cette notion de rupture. On lui a déjà fait le coup une fois.! En réalité la seule rupture dans le monde aura été avec le communisme et l’économie administrée..!!
Un point enfin qui exige des précisions de la part de Mélenchon : la France a une lourde dette publique dont on parle peu dans cette campagne. Le candidat laisse entendre qu’on pourrait ne pas tout rembourser. Quand on est de gauche on rembourse ses dettes..
Avant de voter, c’est comme pour parler, il faut tourner sept fois son bulletin dans l’isoloir avant de confier la France à un candidat.
0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !
Laisser un commentaire